#DU POIL AU COEUR - L'histoire de Marie-Madeleine.

Ça va faire un moment que je n'ai pas pratiqué l'exercice d'écrire sur mes images. En effet, il est vrai que pour mes confidences photographiques, c'est l'instagram qui a pris le dessus sur le blog. Néanmoins mes post sont assez décousus ; et moi j'ai vraiment envie de vous expliquer toute l'histoire de ma Marie-Madeleine. Peut - être suis-je un peu rouillée, mais j'ai la certitude au fin fond de moi que l'écriture, c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas. Jamais. 

 

Heu d'abord c'est quoi Du poil au Coeur ? Du Poil au Cœur (DPAC pour les intimes) est la nouvelle série photographique sur laquelle je travaille. Tu le sais déjà ; les questionnements autour de la femme, la féminité et de ses attributs est omniprésente dans mon travail ainsi que dans ma vie personnelle. Depuis les questionnements profondément ancrés depuis l'antiquité ; jusqu'aux questionnements contemporains. Je reviendrai sur le sujet dans un autre post mais Du Poil au Cœur est pour moi l'occasion de chercher :  chercher plastiquement et photographiquement ; mais aussi socialement, et culturellement. De poser des mots (ou pas !) et des sentiments (oh oui !) sur des images, et inversement. Pas un seul instant, dans Du Poil au Cœur je n'ai la prétention de savoir, de poser sur la table et d'expliquer ; je questionne, je teste et j'utilise mon propre vocabulaire (littéraire tout comme plastique) pour créer et communiquer. 

 

Ok, mais quel rapport avec Marie Madeleine ? De base, le personnage de Marie-Madeleine m'intéresse énormément car elle n'est pas qu'une seule et unique femme. Elle est un condensé de plusieurs femmes. Et ça, ça m'intéresse. Elle est floue, cette nana là. C'est un personnage qui, dans la religion, à été créé et beaucoup utilisé pour servir de modèle aux femmes. C'est un personnage qui ressemble aux femmes puisqu'elle est imparfaite, comme elles. Et que, toujours dans la religion bien sur, les femmes sont imparfaites car elles sont des descendantes d’Ève et que le péché c'est mal. Je pars donc du principe que Marie Madeleine est un personnage.  
 

Le personnage de Marie-Madeleine c'est aussi une grosse pleureuse. En plus elle essuie ses larmes avec ses cheveux... Tout est réuni pour me plaire ! Mais ce que je préfère dans ce personnage, c'est le côté sulfureux que l'on retrouve sur de nombreuses peintures qui la représentent. "Sulfureux" ? Oui, soit patient.e, on va y arriver. Marie-Madeleine, comme tout le monde (ou presque), a des cheveux sur le crâne. Souvent, très souvent elle est représentée avec ses cheveux non coiffés. Parce que les cheveux non coiffés sont synonyme d'une "vie légère". Avoir une vie légère, c'est une manière très polie de dire qu'on mène une vie sans préoccupations sérieuses, une vie un peu frivole hein. Si on creuse encore un peu, ça veut dire que l'on est inconstant.e , voire infidèle. Ou que l'on papillonne sentimentalement et sexuellement. Ah ; on y arrive ! En creusant, triant et malaxant un peu : cheveux non coiffés = femme qui fait de la sexualité. A priori avec des partenaires différents. Ok c'est noté. [D'ailleurs ce n'est pas un code visuel utilisé uniquement dans la peinture classique, dans les films contemporains un peu bêta lorsque que l'on veut signifier que deux personnes ont eu une relation sexuelle on représente très souvent le personnage féminin avec les cheveux ébouriffés, défaits.] 

De toute manière, pendant des siècles, avoir les cheveux dénoués en public, ce n'est pas correct. Les cheveux détachés sont réservés aux femmes de petite vertu. Les cheveux détachés sont réservés au cercle intime. Les jeunes filles (vierges et innocentes CQFD) sont néanmoins autorisées à les garder dénoués en public.... 

 

Puis Marie Madeleine, on la représente très souvent nue, uniquement ornée de ses très, très longs cheveux dénoués, et décoiffés donc.  A priori, c'est aussi comme cela (= nues aux longs cheveux détachés) qu'on représente les prostituées en Palestine. Bon, tout ceci est probablement exagéré et surinterprété. Ah aussi, on parle très souvent de sa chevelure rousse. Parce que les chevelures rousses sont - censées être - symbole  de passion, fougue et d'érotisme. La chevelure rousse fait références aux pulsions sexuelles.  [Les roux.sses dans l'histoire de l'art c'est ICI] 

En somme la pauvre nana (ou les pauvres nanas, si tu as bien suivi) se prends.nent  un combo iconographique pas hyper sympa en pleine tronche : nudité + cheveux très longs + décoiffés + roux.

 

Alors, un pressentiment commence à s'inscrire dans les confins de mon esprit : le cheveux (et le poil hein) est relié à la sexualité. Le temps passant, mes recherches et ressentis avançant et se concordant entre eux.elles ; ce pressentiment s'est transformé, pour moi, en affirmation.

Mon moodboard pour la photo de Marie Madeleine. 

 

Dans de nombreux cas ; Marie Madeleine est représentée comme couverte de cheveux et de poils de la tête aux pieds. Mais quel rapport ? On peut se dire, qu'après tout, si on se laisse pousser les cheveux, on se laisse pousser les poils. D'autres diront que le personnage était représenté de cette manière afin d'empêcher toute attirance envers Marie Madeleine. D'autres encore disent qu'il s'agirait d'un symbole iconographique supplémentaire qui nous renvoie à sa sexualité. Eeeet moi j'aurais tendance à pencher de ce côté-ci.

 

J'espère que tu prêt.e à suivre le cheminement qui s'est créé dans mon esprit :

 

Si tu es une femme respectable ; tu dois couvrir tes cheveux. Si tu es une jeune fille, tu as encore quelques années de répit. Ok. Mais quelle est donc la transition, le passage entre le stade de fille et celui de femme ? Généralement, c'est la puberté (les règles) ou bien le passage a la sexualité. Généralement l'un et l'autre ne sont pas trop écartés. Lorsqu'une jeune fille est pubère ; qu'elle à ses règles, c'est que son corps est "prêt à être fécondé". Les poils apparaissent au moment de la puberté. Aussi, la pilosité renvoie à la sexualité. 
 

Là on en arrive au moment où mon pressentiment est carrément en train de se graver dans mon cerveau. Alors je suis passée à l'action !  J'ai commencé à  confectionner une robe de cheveux. Avec des cheveux synthétiques bien sûr. (Non pas que je sois contre le fait de réaliser une robe avec des cheveux naturels, c'est seulement que ma collection de cheveux actuelle ne me le permets pas. Et oui ; j'ai une collection de cheveux mais ça je t'en parlerai aussi plus tard !)

Afin de ne pas dépasser le budget de réalisation qui m'a été alloué  j'ai du faire preuve d'ingéniosité. Après tout, très peu de personnes verront la robe en " vrai " ; tout le monde la verra sur la photo. Il suffit donc que ma robe fasse illusion. (Par exemple, s'il n'y a pas de cheveux au dos de la robe, ce n'est pas grave.)  Après tout, je fais toujours comme ça. Et puis c'est pas  nouveau, la photo n'est que mensonge et patati et patata et moi, j'aime jouer avec ça. 

 

 Croquis de la robe en cheveux.                                                                      

 

J'ai donc travaillé avec 2 textures de cheveux différentes et 4 teintes différentes. D'abord une couche de cheveux pour faire le fond, pour qu'il y ait de la matière. Ensuite des extensions un peu plus raffinées ; avec quelques ondulations de cheveux pour sculpter les contours de la robe, créer une encolure... Seules les chevilles, poignets, mains et gorge de la modèle ne seront pas cachés par les cheveux. Il me fallait une modèle pas trop grande ; et qui n'aie pas peur de passer une après-midi dans la vase ! Après un appel à modèle super fructueux, c'est Elodie que j'ai choisie. Son mètre soixante, son teint hâlé et ses cheveux noirs se prêtent parfaitement au personnage de Marie Madeleine. En plus, elle connait bien mon travail car elle à participé à l'exposition du Petit Cabinet au Bar à photo ; elle m'a entendu parler de mes images et elle sait qu'on à pas rien sans rien. 

Ainsi, c'est après une dernière retouche maquillage qu'Elodie, méduses à paillettes aux pieds est allée s'installer sur quelques petits rochers. Anaïs Faure ; ma complice capillaire et maquillage de toujours a plus que vivement combattu les crabes et les algues afin de pouvoir de pouvoir faire les finitions maquillage et surtout fixer correctement la robe. Parce que oui, les cheveux c'est sa matière à elle !  

L'étang. // Anaïs, Damien & Elodie en pleine action . // Anaïs maintient Elodie bien hydratée. // La bonne lumière est enfin là ! 


Nous avons shooté dans un étang, entre Montpellier et Frontignan en fin septembre. Et c'est bottes aux pieds, trépied et fesses dans l'eau (pour moi) que nous avons attendu que le soleil se couche afin que je puisse avoir des teintes rosées dans le ciel. Auparavant, Anaïs avait couvert les parties visibles du corps d'Elodie avec une crème teintée irisée, pour que sa peau nous paraisse comme dorée et nous rappelle quelques statues au corps doré que l'on aurait déjà croisé.

 

                                                     C'est ainsi que ma Marie Madeleine contemporaine est née.

Je ne peux malheureusement pas joindre à mon article la photo réalisée, car j'ai fais le - très rude - choix de dévoiler toutes les photos en même temps : soit au vernissage de l'exposition, à Frontignan, a la fin de l'été 2019. Il vous faudra donc encore patienter un peu pour voir le résultat. Mais pour compenser ; je vous laisse avec le backstage vidéo de la séance photo, parce que les images parlent souvent plus que les mots.

 

A très bientôt, au prochain post ! 

 

Photo & robe : Anaïs Armelle Guiraud

Mise en place de la robe & maquillage : Anaïs Faure

Super modèle aux pieds mouillés : Elodie Martinet

Assistant & vidéo backstage : Damien Dos Santos

 

 

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5 Feb 2017

1 May 2015

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