Le Petit Cabinet.

28 Feb 2018

Aujourd'hui, Le Petit Cabinet est exposé à Pondetera, en Italie, et comme ce n'est pas la porte d'a côté, voilà  exprès pour toi une petite visite guidée virtuelle :

 

Le Petit Cabinet, c'est un projet sur lequel j'ai travaillé pendant à peu près deux ans. C'est à ce jour, mon projet le plus abouti et sûrement le plus personnel. C'est un travail photographique qui sort de ma tête, de mes tripes, et de mes trous de nez. Le petit Cabinet c'est toute une histoire. Une histoire de solitude et d'isolement. Une histoire d'amour, ratée, comme d'habitude. Une histoire imaginaire, inspirée des contes, mais aussi affreusement ancrée dans la réalité contemporaine. C'est une histoire qui parle de violence, mais qui est aussi vernie de poésie et de petits secrets.

 

Le Petit Cabinet est né sous l'influence du conte de Barbe-Bleue. Pour rafraîchir la mémoire de certains, Barbe Bleue est un conte de Charles Perrault (ici) dans lequel un homme doté d'une barbe aux reflets bleus se marie avec de nombreuses femmes qui, tour à tour, disparaissent. Il se marie avec une nouvelle femme, lui accorde sa confiance en lui donnant les clés du château et en lui précisant qu'elle peut fouiller partout sauf dans la petite pièce en bas à gauche. Alors bien évidemment, sa nouvelle femme va dans cette fameuse pièce interdite ; bien évidemment elle se fait griller et bien évidemment BB veut la tuer.

 

Sauf que... Quelque chose me dérange. Dans le conte, on nous fait bien comprendre que cette femme là, elle a bien mérité de presque se faire tuer, et que les autres aussi ; c'est bien fait pour elles. C'est de leur faute, il ne fallait pas aller dans la pièce. Mais ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Dans le mythe de la boite de Pandore (ici): on donne une boite à Pandore et on lui dit de ne surtout pas l’ouvrir. Bien évidemment elle va ouvrir la boite. Bien évidemment elle libère tous les maux du monde. Et bien évidemment c'est de sa faute, parce qu'elle n'a pas tout bien fait  comme on lui a dit et comme on voulait qu'elle fasse. (C'est a dire : rien.) Et puis Ève, on l'a bien avertie de pas croquer la pomme hein. Le schéma est le même : on lui donne une mission (être sage et ne rien faire), elle n'écoute pas et croque la pomme (je ne t'explique pas toutes les métaphores de la pomme, mais je t'invite à lire mon article ici) et s'en suit une superbe punition.

 

Et puis, je ne peut pas m'empêcher de relier ça aux macabres histoires qui se passent de nos jours. Ici & Ici et partout ailleurs. Oui, tu sais très bien de quoi je parle. Une femme qui désobéit, qui prends sa liberté, ou qui ne fait pas ce qu'on exige d'elle... On la punit. On la tue. Voilà comment le conte rejoint la réalité.

J'ai pleinement conscience qu'utiliser le mot " féministe" aujourd'hui est très compliqué et assez controversé mais, oui, Le Petit Cabinet est bien un travail aux enjeux féministes. Je ne hurle pas en pointant du doigt, je ne critique pas et n'ai pas de solutions à proposer, tout simplement parce que je suis pas là pour ça. Cependant j'en parle, je t'en parle à toi ici ; j'en parle dans la rue, dans les bars, pendant les ateliers avec les enfants et les ados ; j'en parle dans mes photos et si c'est nécessaire j'en re-parle et j'en re-re-parle. Je me permets même de gratter un petit peu du bout de l'ongle, là où ça fait un peu mal. Là où ça grince un peu. Et pour moi, c'est déjà un premier pas.

 

Cependant, autre chose m'a attiré dans l'histoire de BB. D'après Anatole France (ici), la petite pièce interdite s’appelle Le cabinet des princesses infortunées. Il écrit, dans sa propre version de BB, que les dalles qui composent le sol de la pièce sont rouges comme le sang et que sur les murs de la pièce sont peints avec une véracité extraordinaire des portraits tragiques de déesses en train de pleurer ou d'appeler à l'aide. Donc en somme, si on est pressé(e) ou stressé(e) et que l'on rentre dans le petit cabinet sans prendre notre temps, on peut aisément confondre le rouge des dalles avec du vrai sang et les larmes et les râles peints sur les murs peuvent donner l'impression de prendre vie.

Le Petit Cabinet, me permets donc de travailler sur l'erreur, la tromperie, l'illusion d'optique....

 

La salle d'exposition du Centrum de Pontedera est très volumineuse et modulable, c'est à dire qu'on peut déplacer les cimaises. C'est parfait pour moi, car je déteste plus que tout au monde aligner mes photos sur le même mur plat ! J'ai mis en place un espace d'exposition assez fermé, un peu comme un labyrinthe dans lequel le spectateur peut déambuler. Comme l'a superbement écrit Corine Girieud dans son texte (ICI) ; dans Le Petit Cabinet, on retrouve trois grands genres de l'histoire de l'art : les portraits, les paysages et les natures mortes. Seulement, mes paysages sont des paysages intérieurs, des bouts de mur, des textures de facades. Les portraits aussi sont intérieurs. Pas une seule fenêtre, pas un seul rayon de soleil qui jaunoie ni un bout de ciel qui bleuoie. Une fois entre les cimaises, c'est peu comme si l'on était à l'intérieur du petit cabinet. Le spectateur regarde les images, mais il est lui aussi entouré de regards.

 

 

Les origines du Petit Cabinet 
 
Le Petit Cabinet est né d’une contrainte. La contrainte de l’artiste sans atelier, la 
contrainte des petits espaces. L’enfermement. Et la solitude aussi. Il a fallu trouver des 
astuces plastiques et visuelles pour travailler dans la petite pièce qui était à ma 
disposition.  
Ainsi, le temps d’une séance photo, j’invite des jeunes femmes à prendre place dans

mon petit espace. Alors, le temps de cette séance photo, le petit cabinet prend vie ; il 
s’illumine et on y entend parfois même des éclats de rire. Mais on n’en sort pas. Ou tout 
du moins, on le quitte uniquement quand l’image est terminée.

On y est comme confinés. 

 

Techniquement, c’est moi qui suis coincée dans le petit cabinet. Je le remplis d’objets 
manufacturés, assemblés les uns avec les autres ; je couvre et recouvre les murs de 
tapisseries et autres tissus à motifs. Si on touche du bout du doigt, on peut sentir qu’il y a 
plusieurs couches. Le petit cabinet c’est l’archivage et l’assemblage d’objets-souvenirs, 
d’objets-valises-de-sentiments. Le petit cabinet, ce sont les textures extérieures qui 
viennent s’afficher à l’intérieur. Comme je ne sors pas, elles me rejoignent ; elles me sont 
parfois envoyées par mes pairs. Et puis, comme pour me les approprier, je les ai 
délicatement brodées, bosselées, dorées ou bien grattées.

 
J’ai gratté les faux murs ; comme l’image inconsciente qu’on a d’un prisonnier qui 
frotterai les murs, pour y incruster le temps qui passe. Ce dernier est très présent - 
moisissures, poussière, peintures écaillées ; traits tirés et cheveux vieillis… Douleurs et 
blessures sont aussi parties prenantes du petit cabinet, extérieures (croûtes, larmes, 
sang…) tout comme intérieures, a voir dans les regards. Avec Le Petit Cabinet, j’ai 
aménagé ma propre prison. Quanta  savoir si la clé est recouverte ou non de sang, c’est 
une autre histoire. 

 
                                                                                                                                                                                       Anaïs Armelle Guiraud 

 

1. Le Petit Cabinet

 

Comme Le Petit Cabinet est une histoire ; il faut bien commencer par le titre. La couverture du livre. Aussi, la première photo de l'exposition nous annonce directement à quoi on va se confronter : il s'agit d'un mur abîmé, tâché. Il y a du rouge dessus - couleur qui, on le verra par la suite, devient très présente - on ne sait pas s'il s'agit de sang ou de peinture. Le titre de la série est écrit en volume sur l'image, mais il est très discret. Il faut se rapprocher, et analyser le mur pour pouvoir le lire correctement.

 

Parmi les photos, se trouvent des phrases. Des bouts d'histoires. Elles ne sont pas là pour légender les photos ni pour les expliquer. Elles sont comme des indices parmi les images.  Certaines sont comme des photos écrites.

2. Le mur à larmes. 3. Le temps de la colère. 4. Buste à la larme. 5. Niobé.

 

“In ogni caso, tutto accade  fra il caffé e la polvere di fichi” si lasciò sfuggire lei addentando un biscotto secco. 
« De toute manière, tout se passe entre le café et la poussière des figues. » lâcha-t-elle en croquant dans un biscuit sec.

 

Le buste à la larme tire son nom du type de sculpture qui porte le même nom. C'est un portrait très similaire à un buste sculpté. Le grain de peau et les détails ressemblent vraiment à de la pierre. La cicatrice est sinueuse, elle démarre au niveau de l'oeil et s'arrête au niveau de la joue. On se doute alors qu'elle est le résultat d'une larme ou plusieurs. C'est une larme qui coule et qui coule sans cesse et qui creuse la joue. La cicatrice ne pourra jamais se refermer. La métaphore entre portait et sculpture continue si on pense à l'érosion, à l'eau qui, avec la complicité du temps, creuse les roches. Puisque c'est un buste, l'image marche avec Le temps de la colère, image dans laquelle est aussi présent un buste. A leur droite, Niobé, image dans laquelle on retrouve un visage de déesse en céramique, intentionnellement brisé et reconstitué. On retrouve une larme similaire, sur la même joue droite. Pas la peine de t'expliquer, que j'ai peint le fond, les feuilles, les ruines... Tout à gauche, vers l'extérieur de la cimaise on retrouve Le mur à larmes ; un petit format qui demande de nouveau au spectateur de s'avancer afin de mieux voir l'image. Une surface inconnue, recouverte de matière rouge avec une coulure qui fait penser à une... larme. (Bravo si tu avais deviné !)

6. Le pot. 7. Jeune fille aux pommes gâtées.

 

Arrivent ensuite deux images qui appellent énormément à la peinture. J'ai un rapport à la peinture qui me tient beaucoup à coeur, aussi l'utilisation de cadres en bois n'est pas anodine. Elle renforce le côté "peinture" de mes images. Le Pot et la Jeune fille aux pommes gâtées ont été pensées et conçues pour être ensemble. On retrouve, par exemple, des similarités de disposition au niveau du l'arrière plan de l'image. La Jeune fille aux pommes gâtées, (plus connue sous le nom de Morganne aux pommes pour les proches !) comme son nom l'indique, est jeune. Les pommes qu'elle tient dans sa main par contre, ne sont plus toutes jeunes. Depuis combien de temps les supporte t elle ? Les pommes sont-elles un accessoire "magique" qui aspire le temps à la place de la jeune fille ? A sa gauche on trouve une nature morte, seule. Un citron couvert de moisissure, délicatement posé sur une couronne de fruits en étain. Un fruit en train de mourir sur des fruits immortels... Peut-être que cet objet a appartenu à une autre jeune fille, qui n'est pas présente sur l'image.

 8. Jeune fille à la brosse. 9. Le mur Bleu. 10. David à la fleur. 11. Jeune aux vers.

 

Sembravano legati fino alla punta del naso.

Ils paraissaient comme liés jusqu’au bout des narines.

 

Le trio d'enfer ! En tout premier, l'oeil voit le paysage. Bleu roi, très tranché. De loin, on aurait pu penser à un ciel nuageux ou à de l'eau. Mais non. De nouveau une face de mur abimée.  La Jeune fille à la brosse, David à la fleur et le Jeune aux vers posent tous les trois devant un fond rouge sombre. De nombreuses connexions se font entre eux. Peut-être sont ils dans la même pièce ? Si l'ont observe les cils de la jeune fille à la brosse, ils sont de l'exacte même couleur que la statuette. Et la chevelure ondulée du Jeune aux vers est assez semblable à celle de la statuette. La statuette du David à la fleur à peut-être le même rôle que les pommes gâtées dans le couple de photographies précédentes... Notons que la fleur que David tient à sa main est en plastique et ne pourra donc jamais faner, ni se flétrir. On me demande souvent s'il s'agit d'un portrait d'amoureux. Je réponds que ce n'est pas à moi de choisir, que j'ai laissé, à mon sens assez d'indices. Qu'il s'agit probablement d'une relation triangulaire, remplie de connexions.

 

NB : Tu noteras que deux des photos sont suspendues par des chaines. Voilà pourquoi : je n'avais pas le droit de faire des trous dans le grand mur du fond. Eh oui ! C'est le jeu. Alors il a fallu trouver une solution. J'ai une sainte horreur des fils de nylon qui se disent transparents mais qui ne le sont absolument pas. Il me fallait une suspension que je ne voulais pas cacher, une suspension assumée. La réponse : des chaines dorées. Les photos ressemblent presque à des médaillons. Et surtout, ça m'a donné envie de réfléchir à des nouvelles manières d'accrocher mes images.

 12. Le soupir des déesses. 13. La coupe aux fruits.

 

Il " romanzo d'amore" ricomincio tre volte.

Le « roman d’amour » recommença trois fois. 

 

La plus grande image de l'exposition. Son nom fait directement référence au cabinet des princesses infortunées. Exaspérée, elle nous regarde de haut. J'ose imaginer que dans le fameux cabinet les portraits peints de déesses sont de cette taille là. A côté, une photo qui fait appel à tous les codes de la peinture et de la nature morte classique. Il s'agit d'une coupe de fruits. Ah, une vanité tu te diras. Une double-vanité te dirai-je ! Il s'agit d'un moulage de fruits en cire. (Certains pensent à de la glace ou bien de verre, l'idée ne me déplait pas.) Les fruits de cette coupe ne peuvent donc pas se flétrir comme les pommes. Mais par contre, si on allume la mèche, ils vont fondre.

14. Le mur rouge. 

 

Ne piango di lacrime semi-salate.

J'en pleure des larmes demi-sel.

 

Dans Le Petit Cabinet, je compose-choisi-créé-colle-peint tout  SAUF les paysages. Les paysages, je les trouve. Dans la rue, dans les alentours. Les murs et les façades en bon état ne m'intéressent pas. J'aime les murs abimés, blessés. Peut-on faire une analogie entre les murs et les portraits ? Oui. Et si le mur était comme la chair, et si la couche de peinture - ou autre - était comme la peau ? Et si le mur rayé, griffé était comme couvert de cicatrices ?
Ici on trouve un mur recouvert de différentes nuances de rouge. Il est creusé, texturé. Et puis on l'a rayé, sa peau-de-mur est abimée. Si on tourne la tête, on retrouve pas très loin Niobé et le Buste à la larme, qui eux aussi, sont porteurs de cicatrices.

15. Le temps. 16. Femme aux larmes de verre. 17. La main.

 

Le temps est une photographie d'une peinture de fleurs - fleurs qui ne sécheront donc pas - sur laquelle on peut voir des coulures blanches. Il y a beaucoup de coulures, ce qui signifie surement que pas mal de temps est passé. Il s'agit de cire, mais cela pourrait très bien être de la peinture, de la pluie, des larmes qui coulent... Juste à côté, se trouvent d'autres larmes, mais dans un état solide celles-ci. La Femme aux larmes de verre, comme son nom l'indique, pleure des larmes solides. Elle s'appelle femme, et non pas jeune fille. Elle est belle et jeune, mais si on l'observe de plus près on peut voir ses cheveux gris et blancs... Pour La main, il suffit de continuer à suivre l'analogie que je me suis permise de faire entre matière-mur et corps : si la Femme aux larmes de verre n'a pas de mains, je peux lui en rajouter une. C'est aussi une main que j'ai trouvée et, coup de chance elle possède une petite manche à froufrou qui colle avec le genre de tenues que j'affectionne.

 

En terme d'accrochage, il était important que le "labyrinthe" du Petit Cabinet reste semi-ouvert, ainsi lorsque qu'on regarde une image, il y en a une autre qui nous regarde.

18. Le lierre. 19. Le mur de briques. 20. La voyeuse.

 

Lo schema dell'attesa era già tracciato chiaramente, con un pennarello dalla punta grossa.

 Le schéma de l’attente était déjà bien tracé, avec un feutre à la pointe épaisse.

 

Sur ce mur, on retrouve les trois genres dont je parlais au début. On à, de gauche à droite : une nature morte, un paysage et un portraitLa nature morte, pour le coup n'est pas une photo, c'est un objet. Du lierre en plastique (qui est littéralement une nature morte) peint dans des teintes rouges posé à même le mur. Le lierre est une plante connue pour grimper (ou descendre ?) le long des murs avec le temps. Ensuite un paysage fermé, un mur de briques dont les interstices sont comblées avec du rouge. Promis, je l'ai vraiment trouvé comme ça ! Le format de cette image est petit, il est nécessaire de s'approcher pour bien voir la finesse de mur de briques.

Enfin nos yeux se posent sur La Voyeuse. Dans Le Petit Cabinet, il y a plein de regards différents : on a des regards perçant, qui nous fixent et nous transpercent, des regards fuyants qui essaient de s'échapper, des regards tombants, signe du désespoir... Ici, les yeux sont clos. La voyeuse, malgré son nom, n'a plus envie de voir Le Petit Cabinet. Mais qu'en est il des yeux supplémentaires sur ses joues ? Est ce un sort, une malédiction, une punition pour la forcer à regarder les murs du Petit Cabinet même lorsqu'elle ferme les yeux ?

21. Le château. 22. Le bouquet sous la pluie. 23. Les pamplemousses rouges.

 

Quand on voit Le château, on sait, on sent qu'on arrive vers la fin. (Je suis fan de château parce qu'il s'y passe toujours des choses étranges à l'intérieur. Pour cette image, certains reconnaitront  mon petit clin d'œil à mon copain Cocteau.) Néanmoins on ne sait toujours pas où se trouve le château. Toujours pas de paysage, juste de la matière. Peut-être que nous sommes à l'intérieur... Le bouquet, on me l'a offert sous la pluie. La situation d'un bouquet sous la pluie  : c'est un gros cliché ; alors j'ai voulu le jeter. Puis non, j'ai décidé de le garder. Quelques heures après, je l'ai posé à côté de ma poubelle, car sait-on jamais. Le lendemain, en fin de compte j'ai voulu le garder, puis le jeter de nouveau. Je voulais qu'il sèche et disparaisse ; puis en fait non, je voulais le conserver. Alors, quand il a commencé à sécher, j'ai peint toutes les feuilles en doré, pour qu'il le transforme en sculpture. Pour stopper son vieillissement. Mais comme je n'étais toujours pas sûre, j'ai quand même laissé les fleurs mourir. Les pamplemousses rouges sont une nature en train de mourir. Ils auraient pu être une photo. Aux premiers jours de l'exposition ils sont frais ; et au fur et à mesure tu temps qui passe ils vont se flétrir.

 24. Le mur vert. 25. La broderie.

 

Allora si dovette dividere l'immagine in due.

Alors, il fallut séparer l’image en deux.

 

On retrouve de nouveau un mur, délavé, abimé. Mais ce n'est pas une surface abimée ou craquelée par le temps, comme Le mur bleu. Il est recouvert d'impacts et de "griffures" qui ont enlevé une partie de la peinture. La dégradation de ce bout de mur ne s'est pas faite toute seule, mais à bien été réalisée par quelqu'un. C'est une de mes manières pour faire rentrer implicitement la violence dans Le Petit Cabinet. A côté une broderie. Je l'ai trouvée aux ordures. Ceux qui me connaissent personnellement savent tout de mon amour infini pour les objets jetés et récupérés. J'aime beaucoup travailler des des objets abandonnés, jetés par les gens. Ici La broderie trouvée aux poubelles correspondait parfaitement à l'ambiance du Petit Cabinet : une jeune femme, seule, se regarde dans ce qui semble être un miroir ; mais on n'a aucune idée d'où elle se trouve. Comme sur mes photos, son expression est assez indistincte, on sait pas si elle sourit où si elle est crispée. Si elle a aperçu les  coulées rouges derrière elle ou pas encore.

 26. La mère. 27. Le bouquet.

 

Ebbene, sappiate che vi sto nascondendo qualcosa! Esclamò lei aggrottando le sopracciglia. 

« Eh bien, sachez que je suis en train de vous cacher quelque chose ! » s’exclama- t –elle dans un froissement de sourcils.

 

La dernière photo, le dernier mur.  Le bouquet est un bouquet de la Toussaint, de la fête des morts. C'est le genre de bouquet que l'on amène au cimetière. Par manque de temps (ou autre) on rempli les cimetières de fleurs non éphémères (céramique, marbre, plastique...) qui ne mourront pas, et on les offre à des personnes déjà mortes. Mon bouquet de plastique n'était pas assez immortel à mon goût ; alors je lui ai rajouté une couche de granit. En observant bien la matière on se rends compte qu'il s'agit de la même que sur Le châteauLa mère, quant à elle, est la photo la plus imposante, elle est sertie d'un épais cadre noir pour accentuer cet effet. C'est la plus âgée, elle est placée tout à la fin de l'exposition. C'est peut-être elle qui est dans le Petit Cabinet depuis le plus longtemps.  Elle a comme une auréole de cheveux blancs au sommet du crâne, cela rappelle la Femme aux larmes de verre qui, elle, commence tout juste a voir ses cheveux grisonner. Depuis sa place, on peut voir toute l'exposition, toutes les autres photos. C'est elle la mère, c'est la plus âgée, c'est elle qui surveille toutes les autres. Néanmoins, il arrive  parfois qu'elle se repose et qu'elle ferme les yeux.

 

28. Le bleu.

 

Ancora un ultimo mezzo-quarto d'ora di curiosita.

Encore un dernier demi-quart d'heure de curiosité.

 

Il n'y a pas de sortie de l'exposition. Il faut de nouveau se perdre dans le labyrinthe, recroiser tous les regards, afin de trouver l'unique échappatoire. (Qui, accessoirement, est aussi la seule entrée.)

 

Sur ton retour, si tu es attentif, tu trouveras cette petite photo en bas d'un mur. C'est la plus petite image de l'exposition. La marie-louise en forme d'ovale rappelle les trous de serrure. C'est une image intime  (j'en parle ici) et pour bien la voir, pour bien la comprendre, il faut se rapprocher et s'agenouiller. C'est presque l'image interdite, celle qu'on ne doit pas voir. Celle qui dérange. Cependant, avec mon petit " Ancora un ultimo mezzo-quarto d'ora di curiosita. " je t'embête un peu, toi, le spectateur, pour que tu regardes encore un peu plus mes images.

 

Parce que je suis reloue.

 Tu peux télécharger ici le texte écrit par Corine Girieud : LE PETIT CABINET.

 

J'espère que cette visite guidée t'as plu & je te dis à très bientôt pour nouvelles aventures larmoyantes !

 

Anaïs Armelle

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1 May 2015

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