La mort du prince (Ou pourquoi et comment j'ai mis un garçon dans un bassin.)

14 Mar 2016

Jeudi 10 mars, c'était le vernissage de l'exposition La fissure des Timidités  dans la galerie de l'Ecole des Beaux Arts de Montpellier Agglomération. C'est une exposition collective qui regroupe des jeunes artistes et des étudiants de l'ESBAMA ainsi que de l'ENSAM. Cette année, l'exposition tournait autour du Jardin des Plantes et de l'institut Botanique de Montpellier, qui nous ont gracieusement ouvert leurs portes, leurs serres, et leurs herbiers. La fissure des Timidités est un des nombreaux projet créé et suivi par l'infatigable et l'aaaadorable groupe de recherche SKENE. (Je sais que ce nom t'intrigue, alors tu peux te renseigner ici : ❤).

 

Le groupe Skéné m'a donc invitée en tant qu'ancienne étudiante et jeune artiste à participer, avec une oeuvre originale, à cette exposition. Étant prise par mon job, je n'ai pas pu assister à toutes les visites du jardin des plantes et j'ai raté de nombreux secrets. Cependant, un endroit m'a tapé dans l’œil lors d'une de mes visites solo : le bassin aux nénuphars.

Et puis, j'avais une histoire d'amour à tuer.

Et puis, j'avais enfin reçu mon catalogue d'Une ballade d'amour et de mort du musée d'Orsay. (ICI)

Et puis, j'ai succombé a l'ombre de cet arbre dans l'eau.

 

  • Je vais pas te faire un cours d'histoire de l'art, mais le préraphaélisme est un mouvement qui est né en Angleterre au milieu du 19ième siècle (et qui par conséquent est un mouvement qui a succédé, et non pas précédé les travaux et l'influence d'un certain Raphaël), et qui se voulait à contre courant des enseignements académiques.C'est un contre courant qui à touché la peinture, la littérature, et of course, la photographie. Les préraphaélites, qui voulaient une peinture plus "pure, sincère et naturelle", ont énormément peint et photographié dans la nature. Il faut aussi savoir que les premiers photographes préraphaélites ont été énormément critiqués, car si le médium photographique était parfait pour reproduire la nature et ce que l’œil voyait, il était incapable, à l'époque, de rendre les expressions humaines dans toute leur subtilité. (Notamment à cause des très longs temps de pose, il faut attendre le début 20ième siècle pour que cela devienne plus aisé.) Mais ils ont persévéré, et cela à donné ça : 

 Des photographies de Julia Margaret Cameron ; c'est un peu la papesse de la mise en scène s'il te plait. 

Et, personnellement, je trouve ça plutôt pas mal expressif.

 

 " Une des caractéristiques du style des peintres préraphaélites sera donc leur préférence pour des sujets poétiques, issus de la littérature, l'histoire, la religion et la mythologie. Leurs sources favorites étaient les pièces de Shakespeare, les sonnets de Keats [...] la légende arthurienne. Il en résulte des oeuvres à la résonnance tragique, d'autant que ces artistes avaient toujours soin de choisir des épisodes au contenu psychologique plutôt que des actions, tout en s'efforçant d'être plus ou moins fidèles à la vérité historique par les décors et les costumes. Les photographes les imitèrent et s'inspirèrent des mêmes sources, dans leur volonté de prouver que la photographie aussi bien que la peinture pouvait raconter avec talent des histoires. Ils s'emparent des mêmes récits que ceux joués au théâtre pour mettre en scène ces tableaux vivants. [...] Mais si les photographes pouvaient exceller dans des thèmes tragiques, en des mises en scène immobiles, paradoxalement ils étaient incapables de traiter des sujets plus légers et quotidiens. Ils ne purent, en l'absence d'une technique instantanée adéquate et de modèles, exprimer de façon expressive les épisodes de la vie quotidienne ou intime. "

 

Un petit extrait pertinent du catalogue qui aide à mieux saisir les enjeux du préraphaélisme. 

 Une photo et une peinture de Jane Morris qui incarne la beauté typique du préraphaélisme.

 

La nature, les cheveux, les fleurs, l'amour, la mort... Tu commences à faire le lien avec moi ?

Le Jardin des plantes ayant réveillé mon côté préraphaélite, je me suis lancée dans une nouvelle image.

 

J'ai décidé d'imaginer un pré - conte. 

De raconter une histoire d'amour morte dans l’œuf.

 

  • On ne connait des contes et autres histoires que le seul et unique vaillant prince qui sauve la princesse.

    Mais ils sont où les autres ? J’aime à imaginer qu’il y a une partie secrète, une partie que l’on ne nous raconte pas, mais qui est nécessaire au bon déroulement de l’histoire : un lâché de princes.

    Que le meilleur d'entre eux défie tous les obstacles et gagne. Pourtant, un seul et unique prince arrive au bout de toutes ces péripéties ; et s’il sauve la princesse, l’histoire d’amour peut commencer. C’est quelque chose qui peut être comparé à la réunion des gamètes, tous les spermatozoïdes font le même parcours et combat, mais un seul arrivera à féconder l’ovule, soit la princesse. Et zou.


    Il y a comme un côté absurde, d’imaginer tous ces princes ratés, qui ont dérapé, sont tombés ou bien se sont fait terrasser par un ennemi colossal. Peut - être même il y a t il des princes fainéants, ou trop peureux, qui n'ont même pas voulu essayer. Des princes déserteurs. Il y a aussi un côté tragique, si le prince git dans les nénuphars, comment la suite de l’histoire peut elle avoir lieu ?

 Le prince mort. (fig. 1) - 2016  (Si ça t'intéresse, elle est disponible à la vente, une fois l'exposition finie.)
 

  • Un gros défi hivernal. Il allait me falloir trouver un prince courageux.
    Deux critères prédominants pour mon choix : 1) avoir des cheveux longs 2) ne pas avoir peur de flotter dans un bassin d'eau vaseuse et glacée.Comme je savais d'avance que j'aurais peu de temps pour shooter, il me fallait photographier quelqu'un avec qui j'avais déjà travaillé. Mon précieux Jason.

     

  • La tenue devait à tout prix être blanche et légère, pour devenir translucide au contact de l'eau. Il a suffit d'un chemisier au col orné de dentelle, ainsi que d'un pantalon de déguisement type " ancienne culotte", que j'ai rehaussé de deux petits nœuds rouges. Mon budget serré ne me permettais pas d'acheter une vraie culotte ancienne, alors j'ai opté pour une copie cheap en polyester trouvée sur internet. C'est pas grave, moi j'aime bien tricher. Et puis au final, elle fait plutôt pas mal illusion.

Merci à Morganne, qui aura servi d'assistante chauffage / nénuphars/ backstage / goûter.
 

  • On savait tous que le travail le plus dur n'allait pas être pour moi, mais pour Jason. Nous avons presque suivi tous les précieux conseils que l'on nous avait donnés (COUCOU JOËLLE JE PARLE DE TOI) et nous avons fait deux bains de 30 secondes chacun. Autant dire que c'est le premier shooting de ma vie qui a duré... une minute ! Pas vraiment le temps de chipoter sur telle ou telle mèche de cheveux. Enfin, un peu quand même.

    Il en a résulté une photo un peu différentes des mes autres photos, un peu plus "brute". Mais tous les éléments principaux sont là : le translucide, les nénuphars, le reflet de l'arbre mort, les bouclettes, l'air apaisé.... Tout est là.

Vue d'expo dans l'espace de la galerie de l'ESBAMA.
La mort du prince (fig.1), photographie numérique, contre collée sur alu, 100x66 cm , 2016
Et, juste à la gauche de ma photo, un travail de Gaël Uttaro.

 

Comme d'habitude, je finis avec des énormes mercis pour Joëlle, Annie et toutes les Skéné girlz ; merci à Alain mon contre colleur d'avoir bossé parfaitement comme d'habitude malgré tout les ralentissements administratifs auxquels on a du faire face pour changer ; merci à Fabrice d'avoir imprimé ma photo sans trop de caprices ; merci à José juste parce qu'il existe ; merci à Jimmy pour supporter tous mes doutes; mais surtout une énorme et magnifique merci à Jason d'avoir bravé la vase, le froid et la mort. Sans toi, ma photo n'est rien. 

 


 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

           

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